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Le nom d’un fou s’écrit partout est la biographie de Fernand Deligny, né en 1913, mort en 1996, homme passionné et passionnant, ayant consacré une bonne part de sa vie à recueillir dans divers lieux ouverts et expérimentaux des enfants autistes et psychotiques, dans des conditions très précaires. Il a également écrit, filmé, il s’est battu contre l’ordre établi. Il a croisé Jean Oury et Felix Guattari, François Truffaut et d’autres personnalités marquantes de l’après-guerre. Il fut communiste (« un prêt à penser à votre mesure. Vous l’attrapez comme un vieux chandail élimé à portée de main sur le cintre »). A sa mort, il laissa des enfants, les siens et ceux qu’on lui confia, dont il prit soin selon des méthodes peu orthodoxes. Il laissa des livres plus ou moins confidentiels, plus ou moins obscurs, et des kilomètres de bobines.

Il rappelle parfois François Augiéras, dont il est contemporain et vécut dans une extrême pauvreté.

Les engagements de l’homme, sa quête de liberté  résonnent particulièrement avec notre époque de restrictions tous azimuts.

Mais le livre de Sandrine Bourguignon tient et retient aussi par sa langue. Précise, heurtée. Posant des points où on ne les attend pas comme des butées dans un mur – tous les murs auxquels se heurta Fernand Deligny au long de sa vie. Dans ce récit au « vous » adressé et nourri des notes autobiographiques déposées à l’IMEC, Sandrine Bourguignon livre des réflexions sur la vie, sur la langue, l’écriture qu’on pourra aisément faire nôtres.

 « On ne sait jamais ce qui manque à nos existences. On sait bien sûr qu’il y manquera toujours quelque chose. Quelqu’un. On sait que nous sommes bâtis sur un ratage, un loupé, on sait les bras morts. »

« L’écriture comme unique recours.

Légitime défense. »

Le texte est entrelardé de titres et inter-titres qui sont des citations de Deligny. « Quelque chose en nous reste béant, et voilà tout », « à fous perdus »,  « à bout d’âme, comme on dit » « il faut de tout pour tracasser le monde ».  À défaut de l’autobiographie sans cesse remise sur le métier par Deligny, et jamais achevée, on pourra lire Graine de crapule, on pourra s’étonner, s’enthousiasmer, rêver sur ces lignes d’erre – magnifiques cartes dessinant les parcours des enfants autistes sur le site où ils vivent et que Deligny considérait comme retranscription d’un langage non verbal. « Je crois que vous venez de découvrir le langage parfait. Une langue sans aucun mot et où tout serait dit »

Deligny fut une personnalité hors norme, fuyant toute autorité, toute institution, et notamment l’institution psychiatrique (« ce que nous voulons c’est apprendre aux gosses à vivre, pas à mourir, les aider, pas les aimer »). Sandrine Bourguignon lui rend le plus beaux des hommages par ce texte de poète, à l’écriture singulière.

 FG

Le nom d'un fou s'écrit partout

Sandrine Bourguignon

éditions Isabelle Sauvage

 

Le nom d'un fou s'écrit partout

C'est le corps-à-corps obstiné avec les mots et les images de Fernand Deligny (1913-1996), éducateur hors du commun, cinéaste, écrivain et poète, qui est au cœur de cette biographie romancée. Deligny s'est acharné à " creuser dans la langue " pour y " chercher l'interstice ", à ramasser les ...

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