9791096274253_1_75

 

 

 

 

Ma mère n’a pas eu d’enfant s’inscrit dans la lignée de L’Interlocutrice, livre paru au Nouvel Attila 2015 et consacré à la mère de l’autrice. Dans ce présent récit, accueilli par les belles éditions des Lisières, Geneviève Peigné écrit à partir de cette situation si commune d’être à l’âge où les deux parents sont décédés. Mais, plus singulier, elle n’est pas seulement orpheline : sans frère, sans sœur, sans enfants, née de parents eux-mêmes enfants uniques, l’écrivaine cherche le terme qui la qualifie dans cette famille, ou plutôt cette non-famille. Tant nommer importe pour vivre, en particulier les situations douloureuses. Il ne s’agit pas de solitude. C’est autre chose. « L’inquiétude de n’avoir pas édifié ce rempart de liens et rôles sociaux bien identifiés (mère, sœur, nièce, tante, cousine) qui baliseraient des couloirs de vie pour la suite. ».

« Être unique est un frein à avoir des semblables ». Un vaste champ d’interrogations s’ouvre, sur la transmission bien sûr et le fait d’être l’unique héritière (que fait-on de tout ce legs, « concentrant tous ses ascendants sur deux épaules et une unique cervelle » ?), mais aussi sur l’écriture (« Où mieux s’abriter de la maternité que dans la littérature érotique ? »), la langue, la liberté (« Être libre ? Ça fout un coup »), les femmes (« J’attends toujours le livre d’un homme qui vivrait la question taraudante de n’avoir pas accompli sa paternité »).

Nul plainte, nul regret ici. La langue est vive, souvent drôle. Ce qui fait la singularité de ce texte, outre son sujet peu abordé dans la littérature, est la grâce avec laquelle Geneviève Peigné réussit à allier réflexion fine et profonde et registre de langue familière dans sa verve, ses termes, ses expressions (« qui pense cela flingue la descendance », « et puis toc »)

Les questions se posent avec acuité, mais, pour trouver des réponses (y en a –t-il ?), on n’hésite pas à se retrousser les manches, à se creuser la « caboche », à partir à l’assaut de la langue et des services d’archive.  Puis :

« S’asseoir dans un café. / Laisser agir la bière »

Et constater que :

« Zéro+zéro+zéro est constitutif de un ». .

« Le mot manque », oui, mais Geneviève Peigne nous livre un texte superbe et qui nous parle, à toutes et à tous.

 

Ma mère n'a pas eu d'enfant,

Genevève Peigné

éditions des Lisières

F.G