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Des histoires de mères défaillantes, on en a lu beaucoup. Vampiriques et cruelles, elles laissent derrière elles un champ de ruines sur lequel il faut se reconstruire.  

Le récit d’Isabelle Flaten se déroule chronologiquement. La narratrice est d’abord une enfant ballotée au gré des déménagements, une enfant qu’on dépose chez des grands-parents, des tantes, comme un paquet embarrassant. Le père meurt. La fillette grandit, devient adulte, encombre toujours par des questions qui menacent le beau et fragile roman familial. Devenue mère à son tour, la voilà chargée d’une enfant surnuméraire, sa mère, qui finit par peu à peu sombrer dans la folie. L’autrice a choisi de s’en tenir aux faits, suivant au plus près cette longue chute, de faux pas en dégringolades, passant du rire à l’effroi, de la compassion à la colère. Il n’est nul besoin de décrire des sentiments pour que l’émotion s’empare du lecteur.

La force de ce livre, outre l’histoire qu’il nous rapporte, tient à son rythme. Le choix d’une écriture au présent, d’une cadence très rapide, faite de phrases courtes, cassées encore par la ponctuation, et d’un usage quasi exclusif du « je » et du « tu », en font une sorte de jeu de ping-pong un peu frénétique, à l’image de cette mère virevoltante, jamais à court d’idées, d’inventions délirantes ni de jugements cinglants.  

« Tu ne dors plus, c’est une perte de temps, la vie est bien trop courte ».

« Tu trouves pénible ma propension à tout dramatiser, je devrais consulter quelqu’un ».

On voit dans cette dernière citation la situation extrêmement précaire de la fille face à cette femme qui voudrait bien lui faire porter le chapeau et le poids de sa folie. On voit aussi le lien très serré qui unit mère et fille, les personnages extérieurs « ils » ou « elles », ne trouvant presque aucune place dans ce nœud. En atteste encore ce fait : la mère écrit. La fille cherchera dans ce roman non publié – et dont une mention à la fin du livre nous laisse penser qu’il aurait pu l’être  -  les clés du secret paternel. Puis écrira à son tour.

Bien sûr, folle ou pas, la mère reste la mère, et l’amour que la narratrice lui porte – malgré tout – se tisse à la trame de failles et de coups qui constituent l’essentiel de cette relation. Il y a aussi la beauté de ce terrain commun qu’est l’écriture. Laissé inachevé par la mère, la fille, par ses livres publiés, accomplira peut-être un acte de réconciliation, ou, à tout le moins, d’apaisement.  

Le Nouvel Attila nous livre donc, sous couvert de la mention « roman », le premier texte d’Isabelle Flaten écrit à la première personne du singulier. Un texte extrêmement maîtrisé et puissant.

FG