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Cinquante textes au format similaire, cinquante carrés autonomes et cousus ensemble pour réaliser une sorte de « patchwork », une couverture familière et douillette, tricotée à la main et qui tient chaud. Chaque carré reprend les mêmes fils de laine : le jardin, le poulailler, la « carabanne » refuge et lieu d’écriture, Peter Handke (omniprésent), les enfants, le renard. Parfois un fil, chute de pelote ou trouvaille de hasard, se glisse dans l’ouvrage – comme ce « carré zutique » qui dégringole dans l’espace blanc de la page.

…  « et en ce sens le carré est une fraction d’espace clos un tapis brodé de l’or de tous petits riens carrés »

Les carrés sont ouverts à tous les vents (écriture de plein air, sera-t-il plusieurs fois rappelé). Tout y entre, menus faits, bêtes et hommes, mistral et réflexions, dans une absence de hiérarchie qui évoque le vrac du journal intime, sentiment accru par l’absence de ponctuation qui crée un flux –le flux de la vie. Les poèmes s’écrivent aussi majuscule, sauf un C, qui, de temps à autre, lève la tête ou forme un accroc, un nœud. Tous se terminent par le mot « carré ». Contrainte qui tient plus de l’abri –on a le sentiment de se trouver dans de petites cabanes, des « asiles de jour » – que du jeu littéraire cher aux oulipiens. On notera le soin tout particulier apporté au rythme de ces fragments.  

(…)  «  et que sais-je moi de mes proches bien moins que ce jardin ces animaux qui me suivent dans ma cueillette d’épinards sauvages rapine de rien que je ramène comme trésor joie enfantine de celle qui arrache à la terre de quoi faire une salade pour annoncer au compagnon des matins que nous aurons un repas sauvage à manger ce soir » (…)

Le charme de ce recueil tient à ce jeu d’espace, celui dans lequel on vit se transposant à plus petite échelle sur la page puis dans le livre. Sylvie Durbec cartographie le familier, bien ceint de ses quatre piquets reliés de ficelle et traversé de grand air. C’est à la fois cadré et ouvert.  

Le dernier texte – carré 51 surnuméraire et entre parenthèse – est celui d’un enfant, qui appelle peut-être d’autres carrés à venir, celui, isolé, qu’on gardera  dans sa poche. «  (…ce matin un enfant s’ouvre au cœur d’un artichaut (…) »

FG

Carrés, Sylvie Durbec, edition Faï Fioc, 11 euros