Résumé de l’épisode précédent : saison 1, j’avais dévalisé la médiathèque en Dvd et BD, rangés serrés dans un grand carton, avec l’idée de tenir un siège, passé commande aux éditions du Réalgar pour plonger dans l’univers d’Isabelle Flaten.

 

J-1 saison 2 : j’ai foncé chez mon libraire, faut quand même savoir se renouveler d’un confinement l’autre. Suis repartie avec 1180 pages du séminaire d’Hélène Cixous, trois années, retranscrites par une véritable bénédictine, Marta Segarra. Hélène Cixous garde très peu de notes, juste quelques mots sur les photocopies des textes qu’elle étudie. Alors bravo à cette chercheuse pour ce travail de fourmi, dont le titre tombait à pic : Lettres de fuite ! Dans la foulée, j’ai acheté Ruines bien rangées de la même HC. J’ai une passion pour cette écriture qui me happe. Elle occupe une étagère entière de ma bibliothèque. Bref, je vis depuis longtemps près d’Hélène Cixous, sa mère, sa Tour de Montaigne, ses chats. Je le lui ai avoué un jour au cimetière Montparnasse. Elle sait donc que son feuilleton du côté d’Onasbrück ne fera que continuer notre conversation secrète. L’avoir entendue sur France Culture m’a fait prendre conscience qu’elle parvenait à mettre des mots sur notre présent en rupture, ce dont j’avais follement besoin…Juste avant de régler le libraire et de lui demander comment rester en contact, j’ai glissé le dernier Fabrice Caro : Broadway . Rien n’à voir avec Cixous mais il m’avait déjà cueillie par son humour dans Le Discours et m’en serais voulue de me priver de quelques fous rires, en catamini, sous la couette.

 

Saison 2, jour 6, j’ai réussi à emprunter en médiathèque : 2666 de Roberto Bolano, intriguée par sa présence réitérée dans L’Année du singe de Patti Smith et par un retour de lecture d’Alain Kewes (2666 nécessairement moins confiné que 2020), Le Pont de Bezons de Jean Rolin, histoire de déambuler plus loin que le kilomètre autorisé et Le Tiers temps de Maylis Besserie, pour m’initier à l’immobilité beckettienne. Faut dire que je venais de terminer et de rendre deux magnifiques livres de Déborah Lévy, traduits par Céline Leroy, aux Editions du Sous-sol, je ne pouvais pas repartir le sac à dos vide.

 

Jour 7, j’ai ajouté quelques remontants du côté des «éditions indépendantes » : Philippe Mathy Etreintes mystérieuses, à L’ail des ours, Iles de la Gargaude, à L’atelier des Noyers, une page de nature et de grand vent qui me réveillent au petit-déjeuner, Werner Lambersy Les Convoyeurs attendent, journal sauvage chez Rhubarbe, deux pages après le repas du midi pour faire attendre avec piment et piquant les convoyeurs de la sieste, sur la table de nuit, patiente Le Bruit de la liberté de Frédérique Germanaud aux éditions de La Clé à Molette et je risque de passer quelques autres commandes aux éditeurs si je détecte un début de soupçon de sentiment de manque.

 

Soir jour 8 saison 2 : je contemple mes piles et me demande si j’avais terminé la pile de la saison 1. Une saison 3 ne me sera pas inutile...Et si c’était à cause de moi que vous avez dû être tous reconfinés ? Le virus de la lecture cause d’inscoupçonnés ravages et fait tourner la tête. Je me rassure en me disant que c’est la seule fièvre qui aide à respirer. Allez, j’y retourne, toutes ces pages « bruissent de liberté » et pour le moment, c’est le meilleur vaccin ! N’aurais-je pas oublié de faire des provisions de pâtes et de papier toilette ?

M.R.

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