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Ariane Dreyfus aime les compagnonnages. La danse, le cinéma, la peinture. On l’a lu dans de précédents recueils. Elle écrit ici dans la lumière des Malheurs de Sophie. Compagnonnage, on devrait plutôt dire : élan, rampe de lancement, tant ces quelques épisodes du livre de la comtesse de Ségur revisités donnent vitalité et force aux poèmes. Qu’on connaisse ou pas, qu’on ait souvenir ou pas de cette lecture, là n’est pas l’important. C’est toute l’enfance qu’on retrouve dans cette « vie élastique » : sa crudité, sa cruauté, sa spontanéité.

Sans pieds et sans cheveux

« Elle est morte la poupée »

Sophie la soulève et sourit la première,

Oui, morte !

 

La mort de la poupée préfigure celle de la mère, lors d’un naufrage et,

 

Maintenant elle est obligée

De dire Maman à Madame Fichini.

 

Le recueil saisit au vif, tranche net. C’est l’été, le temps des contrastes, des excès, de la sensualité.

Puis, après la mort de Madame de Réan, le départ du cousin Paul, c’est l’hiver.

 

Le plancher craque, il faut empêcher

Le cœur de se fendre, de noircir

Le dos à la cheminée

Attendre

 

Avant que ne revienne la saison des cerises.

Elle est élastique, cette vie de petite fille : elle est un jeu, une joie, avant de craquer et de blesser. La mort est très présente dans ces pages, celle de la poupée, des animaux, de la mère, de l’été. Mais, Sophie, toujours, rebondit.

Quelques citations, isolées ou intégrées dans le texte -Guillevic, Sandro Penna, Colette...- viennent comme souffler à l'oreille du lecteur un écho ou un contrepoint à la mélodie principale (ainsi, à la presque toute fin de l'ouvrage :  "Me comprenez-vous bien ? C'est de vivre que je parle" - Denise Levertov)

Langue limpide, tout innervée de l’énergie de la petite fille, Sophie est un vrai bonheur de lecture, un livre-poème à mettre en toutes les mains.

 

Frédérique Germanaud