« Le passé est une bibliothèque commune ou s’entassent les événements. Une immense construction, des milliards d’étagères. Il y a des références incontournables qui sortent souvent des rayons. D’autres plus personnelles qu’on extrait pour se rappeler qu’on a existé. »

 

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Eté 70, un titre, des photos et indices sur une couverture façon collage, tout indique d’emblée que dans ce second roman publié aux éditions Yvonna, l’auteur Angevin Jacky Essirard nous invite à un voyage dans le temps.

Déjà dans son premier roman, La solitude du Quetzal, l’auteur prétextait un voyage au Guatemala pour évoquer une rupture amoureuse et explorer son paysage intérieur. Là le narrateur profite d’un séjour en clinique, sorte de parenthèse, « coupure dans le temps ordinaire », pour explorer un épisode de sa jeunesse qu’il n’a pas oublié. Cet été 70 l’obsède, car « un secret y serait lié dont l’exploration sera difficile » confie Vincent le narrateur, âgé d’une soixantaine d’années. C’est pour lui un « foyer non éteint ». Cette quête qui nous est présentée d’abord comme un exercice d’écriture, s’avère très vite être pour le narrateur l’occasion de « mettre de l’ordre dans ses papiers » et surtout une occasion d’introspection, de réflexion sur la mémoire et le passé, Celui qui « assume d’être constitué à 95% de disparitions », examine une à une les traces qu’il conserve de cet épisode.

Cet été-là, Vincent part au volant de sa deux-chevaux en Hollande retrouver une jeune femme avec qui il a entretenu une relation épistolaire prometteuse, mais dont il sait avant le départ qu’elle sera sans suite.

Le récit se déroule sous forme d’allers et retours constants entre le passé et le présent. L’opération qu’il a subie est la métaphore de l’introspection à laquelle il se livre. Cet Eté 70 a été comme une déchirure, lui a laissé une cicatrice. Il lui en est resté une blessure qu’il examine et l’écriture va faire office de pansement.

L’auteur prend son temps pour raconter le voyage et ses circonstances, préliminaires qui ne sont pas sans rappeler les préparatifs qui précèdent une opération, puis pour raconter et rendre très vivant son séjour dans la famille de son amie Ingrid, sa découverte d’Amsterdam, un après-midi à la piscine, une soirée dans un bar de Haarlem où il entend pour la première fois le tube de l’été, « In the summertime » de Mungo Jerry.

Au présent et au récit de sa guérison, il mêle des réflexions sur le vieillissement et sur celui qu’on devient en avançant en âge. Les questions s’enchaînent et font avancer le narrateur toujours plus loin dans son introspection : Comment ferait-on si on avait le pouvoir de revivre les événements du passé ? Que ce serait-il passé s’il avait suivi une autre piste ? 

Ce questionnement devient le moteur du récit :

« Ce mois d’août est l’agitateur le plus efficace de ma mémoire. Il me ramène à tous les choix que je n’ai pas su faire... il m’oblige à ouvrir les yeux sur mon existence. Il est la source d’une interrogation métaphysique permanente à laquelle je ne sais pas répondre. »

Il s’interroge aussi sur l’intérêt de la transmission de son histoire et se demande s’il « est nécessaire de partager avec d’autres une histoire qu’ils n’ont pas vécue ? ». L’autre, celle pour qui il souhaite faire la lumière sur cet épisode fondateur de sa jeunesse, c’est Margot sa compagne qui suit la progression de son travail d’écriture et partage son cheminement intérieur.

 

Cette histoire, relatée tout en finesse, se lit avec émotion et intérêt. Si jacky Essirard porte un regard plein de nostalgie et de tendresse sur le jeune homme de l'Eté 70, l'humour et la dérision ne sont jamais loin. Au-delà du plaisir du récit, il nous invite aussi à explorer nos vies et ce qui les construit, et à réfléchir aux pouvoirs de l’écriture.

 

Chrsitine Tharel