La petite Aquarelle

Bruno Duborgel

Ed Le Réalgar

 

CVT_La-Petite-Aquarelle_4546Bruno Duborgel choisit de nous faire entrer dans l’œuvre du peintre Zoran Music par une peinture très modeste, un petit paysage aquarellé de couleurs pâles – bruns, gris, blancs – qui ne captera pas l’attention de l’homme pressé ou distrait. A petites touches, sans démonstration de force, l’écrivain va nous amener à approcher notre regard, à découvrir la beauté et la complexité de cette nature rocheuse – un paysage qui n’en est pas vraiment un, en tout cas pas au sens où l’entend la peinture réaliste. 

Partant de ce qu’on a sous les yeux – un assemblage de formes sans profondeur de champ – nous entrons peu à peu dans l’épaisseur de la composition. Pour cela, Bruno Duborgel, use, lui, d’une palette assez large : les indications de pure technique artistique – notons particulièrement la réflexion autour de la figuration - s’enrichissent de considérations géographiques (les paysages d’enfance de Music, aux confins de la Slovénie et de l’Italie, ceux qu’il a par la suite parcourus), biographiques (l’expérience du camp de Dachau pendant la guerre), et de nombreuses références littéraires (Bachelard est cité à plusieurs reprises, dans cette notion d’immensité intime qui dit si bien la peinture de Music). Une demi-douzaine de reproductions soutient le lecteur dans son parcours, sans alourdir le livre.

Croisant donc diverses approches, Bruno Duborgel parvient à mettre finalement en place un espace cohérent qui environne l’œuvre, qui la dilate en quelque sorte. Après avoir élargi ainsi l’espace pictural, il nous guide à nouveau vers la surface peinte, laquelle se trouve alors assez naturellement dans une position centrale : celle de nos regards convergeant vers elle, celle de l’ensemble de l’œuvre de Zoran Music.

La petite aquarelle concentre en elle ce que fut Zoran Music, l’homme et l’artiste. Elle nous donne à voir – ou plutôt l’auteur de ce bref et intelligent essai nous donne à comprendre – que l’intime Music se trouve exposé là, et, qu’à travers lui, c’est une vision tragique du monde que nous touchons de l’œil, une vision de solitude profonde, de silence et de fin ultime.

Bruno Duborgel est essayiste et auteur de livres d’artiste. C’est peut-être cette double voix, savante et poétique, qui fait la singularité de ce livre et le rend si attachant.

Frédérique Germanaud