Sans Abuelo Petite

Cécile Guivarch

Editions Les Carnets du Dessert de Lune

 

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Dans ce nouveau recueil paru aux Carnets du dessert de Lune, Cécile Guivarch continue de fouiller la matière autobiographique. S’en dégage la figure d’un grand-père absent. Fuyant la guerre d’Espagne, il quitta pays et famille pour trouver refuge à Cuba, abandonnant mère, femme et enfant à naître. Il ne revint jamais.

Le texte s’organise en plusieurs voix : celle, en prose, d’une fillette de neuf ans. Registre des petits déjeuners à confiture, des étés, des vacances en Espagne, de l’accent maternel, de la cuisine grand-maternelle. C’est le bonheur d’une double langue. L’enfant née en France retrouve, le temps des vacances, l’espagnol de ses ancêtres. C’est aussi à cet âge qu’elle apprend que celui qu’elle croyait être son grand-père ne  l’est pas. La douleur est là, mais l’exil cubain s’exprime en inventions et rêves d’îles à Robinson, accompagné peut-être d’un Vendredi.

La deuxième voix est celle de l’adulte. Elle s’adresse à l’inconnu, au disparu. Appelle. Questionne. Exprime le manque. Constate l’impossibilité de rejoindre celui qui fut son grand-père. « Je suis ta petite-fille aux questions ».

Placée en haut de la page et en italique, la voix plus spécifique de la poésie dépasse le champ de l’intime pour atteindre le cœur de la douleur, celle que chacun peut entendre, comprendre et partager.  « Quel monde porter en soi/quand tout est dépaysé ».  « Comment savoir ce qui nous poursuit/et pèse autant ».  Ces poèmes se concluent par un très beau fragment de Tard, bien tard dans la nuit, de Yannis Ritsos, qui fait écho à la voix de Cécile Guivarch : « comment se peut-il qu’on s’habitue à tant de séparations ? »

Sans abuelo Petite est l’histoire d’un double abandon : celui d’un pays, l’Espagne, et donc d’une langue ; celui d’un homme, et donc d’un morceau de généalogie, et de mémoire. « Cette mémoire ombilicale en forme de laisse », selon les mots de Françoise Ascal. Cécile Guivarch questionne la filiation, les fondations, nos attachements et ce que c’est que vivre dans une terre, dans une langue qui ne fut pas celle des ancêtres. « D’ici ou de là nous sommes tout aussi bien ».

Frédérique Germanaud