Chapelle ardente

Jacques Josse

Editions du Réalgar

 

 

chapelle ardente

 

La chapelle ardente est le bar « La Iza », dont le tenancier vient de mourir. Avant l’enterrement, les proches du Barbu –tel est le surnom du défunt – se réunissent une dernière fois autour du cercueil exposé dans le troquet. Petite humanité serrée dans ce lieu pour un dernier hommage. Jacques Josse la croque avec la verve et la tendresse qu’on lui connaît, dans une langue d’une belle vitalité. Il y a l’instituteur, revisitant en imagination avec le Barbu les bistrots mythiques de la littérature et du cinéma. Didier, l’ancien cascadeur aux jambes détruites, qui gare sa voiture automatique à la fenêtre de l’établissement pour qu’on lui serve un verre sans avoir à sortir. François, le veuf, muet hors de chez lui, insultant sa femme morte derrière les murs de sa maison.

 

Hommes – peu de femmes dans ce livre – cassés, boiteux. Jacques Josse saisit d’un trait ces corps qui tiennent encore debout, malgré les blessures, malgré – ou grâce à – l’alcool. Sans s’appesantir. Le texte est bref, dense. Calé sur le dernier coup bu à la santé du défunt. C’est un texte à lire coude au comptoir. Dans la fraternité d’une poignée d’habitués.

 

Pas de pleurs ici. Ils ont vécu bien d’autres chagrins. Ce n’est pas la fin du monde, juste un compagnonnage, même pas quotidien, qui disparaît. L’émotion est là pourtant, retenue, effleurée par l’écrivain, perçue par le lecteur. De la pudeur, de la dérision pour éloigner la peine.

 

«  Beaucoup trinqueront à sa longévité posthume, revenant sur sa bonne humeur, son appétit de vivre, mais aussi sur ces étranges moments de désarroi et de solitude qui pouvaient, certains jours, le rendre plus rugueux que d’habitude ». En quelques mots, une vie se devine, s’imagine. C’est l’un des talents de Jacques Josse que de savoir suggérer en une phrase toute une existence.

 

Les bistrots sont chez Josse comme de vieilles maisons familiales : des refuges, des lieux d’accueil. Des poches où le temps ne passe guère. Chacun y vient chauffer ses os ou son cœur l’instant d’un verre ou deux, d’une conversation mille fois reprise. Que vont-ils devenir, le navire déserté par son capitaine ? On les imagine âmes errantes, certains mettant à exécution le tragique destin dont ils menacent régulièrement la compagnie. Peut-être pas. Peut-être se contenteront-ils de migrer vers un autre havre, un autre bistrot. Et Jacques Josse poursuivra la chronique de ces gens de peu qu’on a appris à aimer.

 

 

Frédérique Germanaud