La solitude du Quetzal

Jacky Essirard

Editions Yovana

 

 

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A la suite d’une rupture amoureuse, le narrateur quitte la France pour le Guatemala, un ailleurs assez lointain pour lui permettre d’oublier. Tel est le point de départ de ce livre qui se situe à la croisée du récit de voyage et du roman.

 

A la littérature nomade, la Solitude du Quetzal emprunte une topographie précise, un itinéraire, l’évocation d’une population et de paysages. Le livre comporte une carte mentionnant les étapes et chaque chapitre s’ouvre sur une indication géographique. C’est l’une des caractéristiques de ce genre littéraire que de s’attacher plus au lieu qu’au temps. Là s’arrête la filiation : si celui qui souhaite visiter le Guatemala y trouve des renseignements précieux sur le pays, en revanche la figure du voyageur est largement écornée : nul émerveillement, peu de découvertes, et le constat qu’aucune compréhension du pays ou de soi ne surviendra au terme de ce déplacement.  En quête d’étonnement et de dépaysement, le narrateur ne trouvera que lui-même et sa solitude sera accentuée par le côtoiement d’une civilisation qui lui demeurera tout à fait étrangère. Outre qu’il est pris dans des souvenirs et un chagrin qui inhibent toute attention, la barrière de la langue et la différence des cultures empêchent toute compréhension. Irrémédiable altérité.  

 

Des fragments mêlent réflexions et saisie de détails, un vêtement, une attitude, une particularité architecturale, climatique ou politique. Quelques rencontres fugaces, laissant toujours insatisfait.  Il est vrai qu’on ne se quitte jamais et que le voyage, semble dire l’auteur de la Solitude du Quetzal, est toujours un échec. En cela, Jacky Essirard se situe loin des Bouvier, Chatwin ou autre London, que les ailleurs font (ou défont). Le narrateur serait plutôt frère d’Henri Michaux. Il a d’ailleurs emporté dans ses bagages Ecuador, récit d’un périple de jeunesse entrepris par Michaux en Equateur. C’était encore une époque – le début du XXe siècle - où les lointains s’atteignaient difficilement et constituaient une véritable aventure. Pourtant Michaux écrit : « et ce voyage, mais où est-il se voyage ». Jacky Essirard se place dans la lignée des voyageurs désenchantés. « Qu’est-ce que je fais ici ? » écrivait Rimbaud d’Ethiopie. Le narrateur pourrait poser la même question. Finalement, seul le départ importe. Quitter. Nulle renaissance au retour, le voyageur ne revient pas transformé. Ni guéri de son chagrin d’amour.

 

La finalité du voyage ne serait-elle pas l’écriture ? Pour celui qui fait l’expérience du vide – et ce séjour au Guatemala, malgré les impressions et sensations multiples, en est une -  l’écriture est une voie de salut. (« Écrire, écrire, garder la vie dans les mots »). Le récit se déroule au présent, il n’est pas un compte-rendu composé après coup, mais écriture au jour le jour, travail en train de se réaliser sous les yeux du lecteur, avec ses ressassements, ses doutes, ses questionnements. Ses éclaircies aussi et ses moments d’humour. L’épilogue se déroule à la bibliothèque, où le narrateur effectue des recherches sur la mystérieuse amoureuse de Michaux, By. Retour aux livres et à la littérature, donc, le seul voyage qui ne déçoit jamais.  « Ecrire est un voyage, un voyage dans le voyage. Mais d’autres avant moi l’ont dit ».

 

Saluons le choix de ce jeune éditeur prometteur, Yovana , qui publie un premier roman atypique, soigneusement présenté, qui  se compose comme un carnet de notes, en a aussi l’aspect, dans son format presque carré et sa couverture souple. Un récit intimiste, porté par une écriture sensible qui sait laisser place à la fragilité de l’être.

 

Frédérique Germanaud