A l’échafaudage

Annelyse Simao

Peintures de Christiane Cartignies

Editions AEncrage & co

 

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Annelyse Simao nous fait entendre dans son recueil une difficulté de vivre largement partagée, celle du chômage, de la pauvreté, de l’exclusion sociale. Ce qui ne devrait être qu’un incident de parcours finit par enfermer et détruire parce le rapport à autrui n’offre plus qu’insatisfaction ou déception, que la rencontre ne se fait plus faute de disponibilité, d’attention et d’écoute. La langue est claire, précise, concise. Elle crée un effet de proximité avec tous ceux qui ont perdu le souffle et l’espoir. Avec ceux qui sont sans devenir, toute tentative vaine, toute revendication anéantie.

 

Plusieurs poèmes à la forme interrogative expriment doutes et recherches. Comment trouver des voies alternatives, dépasser l’immobilisme (« la torpeur générale »), rencontrer ceux qui sont parvenus à une humanité acceptable ?

 

Ce livre s’ancre dans la vie matérielle et, en même temps, comme une chance inespérée, s’obstine  à  faire poésie, envers et contre tout, d’une matière personnelle et donner par là-même sa voix à ceux qui n’en ont pas et se contentent, au mieux, de manifester en silence. Même si le doute demeure de l’utilité de cette prise de parole :

« A quoi servira le rappel

De leur voix

Dans la mienne

 

La peine des paroles perdues

Impossible à conduire ailleurs »

 

Le constat d’échec n’est pas définitif. De l’échafaud (là où l’on vend les esclaves, là où l’on exécute les criminels), à l’échafaudage (la structure qui étaye et permet de s’élever, et peut-être de trouver un peu plus de lumière), au fond de l’impasse une éclaircie timide. Pas vraiment un sauvetage, mais une porte entrouverte. Vers l’échange, vers l’autre, donc vers l’existence.

« Lasse d’interroger

Je cherche un simple espace

De plus grand soleil derrière la vitre »

 

La couverture du livre, avec son hublot découpé, laisse paraître un fragment de l’une des œuvres de Christiane Cartignies, pas toujours la même puisque l’éditeur a disposé les peintures de manière aléatoire. Quatre peintures qui, en larges coups de pinceau noirs sur jaune, accompagnent la voix, illuminent et font respirer ce texte douloureux.

 

Frédérique Germanaud

Nov 2014