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Pourquoi la vie est belle ? (Avec Néo et un peu d’oiseaux – pour aider)

Corinne Le Lepvrier

Editions Lanskine

 

 

De Saint-Nazaire à Brest, d’une fille à son père, de la vie à la mort. Ce livre, celui d’un printemps (deux dates l’encadrent, 21 mars 2012, 21 juin 2012) est tout en allers et retours. Il s’ouvre 5 mois et 10 jours après la mort du mort, la précision frappe d’emblée, la lecture confirmera ce sens du détail, du concret.

 

La beauté de ce recueil tient plus à sa lumière qu’à la douleur d’une fille après le décès de son père. Lumière de Néo, l’enfant que la mort atteint, qui, sans masque social, s’interroge, met des mots sur la peine de sa mère. L’émotion se tisse avec des questionnements simples, essentiels, parfois mis dans sa bouche. Celle des oiseaux, présence constante et rassurante, vivante. Celle des tâches à accomplir qui font et fondent l’existence, tailler les arbustes, entretenir un jardin, écrire, se déplacer, vivre, mourir, ces tâches mises à plat et à nu dans leur caractère essentiel et non hiérarchisé. « C’était nous et la tâche immense à accomplir, mourir ; c’était nous et la tâche immense à accomplir, vivre ; s’user (à chaque fois) aux recommencements des tâches ».

 

Corinne Le Lepvrier nous livre un texte sobre. La souffrance qui se lit en filigrane constitue une force, une poussée de vie. Le lecteur entend une voix bienfaisante. Ce qui persiste après la lecture du recueil est peut-être, paradoxalement, la survivance du père. La mort n’équivaut pas au néant et la frontière entre vie et mort est floue. Des regrets maintiennent le lien « (te montrer mon premier recueil de poèmes, mais tu commençais déjà à mourir) », mais pas seulement : d’anciennes paroles, d’anciens gestes demeurent, par exemple celui de tailler court pour une bonne repousse, comme des balises. Le père toujours à portée de voix, de pensée et d’affection. « Je reviendrai te solliciter quelquefois ; t’évoquer ».  

 

Entre la vie et la mort, Corinne Le Lepvrier nous dit aussi comment l’être évolue peu, mêmes désirs, mêmes peurs, même besoin d’amour et d’attention. Le temps semble un infini présent, l’enfant s’inquiète de savoir si on peut redoubler son âge tandis que le père est toujours en train de mourir (« Toi mort mourant encore »). Ce printemps en répète d’autres et se renouvellera encore, pendant qu’enfant, femme et père défunt veillent les uns sur les autres. Comme les oiseaux qui voyagent à trois et jamais ne se percutent. Ni ne se quittent.

 

 

F.Germanaud août 2014