Bel Echec

Edith Azam et Jean-Christophe Belleveaux

Illustrations Elice Meng

Edition Dernier Télégramme

 

 

Ecrire est rarement acte qui se partage. Il arrive que, dans le même espace des pages, deux voix se côtoient, alors clairement identifiées, en dialogue ou en écho. On connait Edith Azam et Jean-Christophe Bellevaux, qui bousculent de livre en livre notre confort et notre immobilisme. Dans ce recueil de vingt poèmes, ils font cause commune, voix commune. Ils nous disent, sans que l’on distingue qui écrit, en parfaite osmose, leur insatisfaction fondamentale.  

 

Chaque poème est en partie composé de mots raturés. Ariane Dreyfus utilisa ce procédé de manière à montrer au lecteur comment se construisait un texte, avec ses erreurs, ses errements, ses repentirs. Elle ouvrait l’atelier du poète. Montrait ce qui était habituellement exclu de la publication. Tel n’est pas le cas ici : la rature fait plutôt penser à l’impossibilité, au sens interdit, à la rayure sur la vitre, indélébile et qui marque le regard, salit définitivement le paysage.   

 

Les figures d’Elice Meng qui accompagnent l’ouvrage évoquent « l’inquiétante étrangeté » de Freud – notre reflet, notre double, méconnaissable. Procédé photographique en noir et blanc et négatif, rappelant les radiographies médicales, corps un peu monstrueux, entre humanité et animalité, dans une zone floue du vivant. Ils laissent paraître des tâches noires. Que se passe-t-il dans ces corps ?

 

Que se passe-t-il dans ses êtres fragiles, désirant compréhension et beauté, ne rencontrant que failles de mémoire, absence de justification à leur « incompréhensible présence » ? La vie, insaisissable, file entre les doigts, « flotte dans l’air et sinue autour du linge qui sèche sur le balcon ». La regarder passer, extérieur, étranger. Prendre le large, projeter une promenade, se dire que tout va bien, à quoi bon ? Et préférer la vie malgré tout, sans raison valable, juste aller d’un instant à l’autre.

 

Aucun apaisement à trouver chez Edith Azam et Jean-Christophe Belleveaux. Leurs mots concordent, l’inquiétude est leur terrain, et l’absence d’illusion. 

 

On ne comprend jamais

assez vite

que c’est le vide qui nous tient :

debout

 

Frédérique Germanaud

bel echec