atelier du passage

11 avril 2021

Souvenirs de l’avenir de Siri Hustvedt

photo Siri HLa narratrice compose son livre à partir des pages d'un carnet tenu lors de son arrivée à New-York, elle avait vingt ans et s'offrait une année d'écriture avant d'entrer à l'Université. Cette jeune SH, dont le surnom est Minnesota, son lieu natal, ne connait personne, vit chichement dans un petit appartement. Elle lit beaucoup, dévore même toutes les bibliothèques. Elle a un défi à relever : devenir quelqu'un quand son père médecin n'imaginait pas qu'elle pût devenir médecin, au mieux infirmière. Pour subvenir à ses besoins alimentaires, elle joue au nègre en écriture pour Elena Bergthaler, femme riche, dont le livre connaîtra un certain succès grâce aux formules bien senties de Minnesota. La baronne ne remerciera pourtant que la simple dactylo.

Rien de nostalgique dans cette relecture du passé. Ce qui importe à Siri Hutstvedt, c'est comment à 62 ans, elle relit la jeune femme qu'elle a été : les souvenirs restés en elle, tout ce qu'elle a oublié et qu'elle redécouvre dans le carnet qu'elle nous donne à lire, tout ce qui n'est pas noté et dont pourtant elle se souvient nettement. Elle explore la problématique de l'écriture : ce qui est écrit n'est pas toujours le vécu le plus important. L'écriture va son chemin et ce qui fait mémoire a sa logique propre.

Siri Hustvedt ne manque jamais d'humour  : elle retranscrit les fantasmes qui nourrissent ses séances de masturbation, notées pudiquement sous la formule « j'ai fait un petit tour sur la mousse », matelas posé sur des cageots à oranges. A 62 ans, SH se dit qu'à quelques ressorts près, la mécanique reste la même. L'érotisme ou l'orgasme manquerait d'imagination mais ne vieillirait pas. « Mes fantasmes masturbatoires sont étrangement fixés. Le reste de moi a mûri et j'ai changé. Je suis une vieille noix désormais qu'ont assagie les chagrins et prises de consciences qui viennent au fil des années, mais il y a une ressemblance remarquable entre les gymnastiques érotiques qui avaient lieu dans ma tête en ce temps-là et celles qui y prennent place aujourd'hui. Le fantasme sexuel est une mécanique pas un organisme. »

Avec son art de camper les personnages, Siri Hutsvedt présente une galerie fascinante de personnages secondaires, notamment sa mystérieuse voisine Lucy Brite qu'elle écoute avec un sthétoscope posé sur le mur. Elle émet beaucoup d'hypothèses sur cette femme qu'elle croit folle et même meurtrière et qui entrera dans son histoire lors d'un épisode violent, hélas commun aux femmes.

« Le passé peut-il servir à se cacher du présent ? Ce livre que vous lisez maintenant est-il ma quête d'une destination nommée Alors ? Dites-moi où finit la mémoire et où commence l'invention ? Dites-moi pourquoi j'ai besoin de vous pour m'accompagner dans ce voyage, pour être mon autre, tantôt ravi, tantôt grincheux, ma moitié pour la durée de ce livre ? »(...) « Tout livre est un repli de l'immédiat vers le réfléchi. Tout livre inclut un désir pervers de faire cafouiller le temps, de tromper son cours inévitable. Blablabla, et tam-di-di-dam. » Siri Hutsvedt ne verse jamais dans l'abstrait, ce qui donne plus de force à l'écriture de sa pensée et son engagement à parler des femmes.

M.R.

Ce livre est traduit par Christine Leboeuf aux éditions Actes Sud.

Gravure Tasse de thé de Nicole Lebrand

 

 

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03 mars 2021

La folie de ma mère Isabelle Flaten

 

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Des histoires de mères défaillantes, on en a lu beaucoup. Vampiriques et cruelles, elles laissent derrière elles un champ de ruines sur lequel il faut se reconstruire.  

Le récit d’Isabelle Flaten se déroule chronologiquement. La narratrice est d’abord une enfant ballotée au gré des déménagements, une enfant qu’on dépose chez des grands-parents, des tantes, comme un paquet embarrassant. Le père meurt. La fillette grandit, devient adulte, encombre toujours par des questions qui menacent le beau et fragile roman familial. Devenue mère à son tour, la voilà chargée d’une enfant surnuméraire, sa mère, qui finit par peu à peu sombrer dans la folie. L’autrice a choisi de s’en tenir aux faits, suivant au plus près cette longue chute, de faux pas en dégringolades, passant du rire à l’effroi, de la compassion à la colère. Il n’est nul besoin de décrire des sentiments pour que l’émotion s’empare du lecteur.

La force de ce livre, outre l’histoire qu’il nous rapporte, tient à son rythme. Le choix d’une écriture au présent, d’une cadence très rapide, faite de phrases courtes, cassées encore par la ponctuation, et d’un usage quasi exclusif du « je » et du « tu », en font une sorte de jeu de ping-pong un peu frénétique, à l’image de cette mère virevoltante, jamais à court d’idées, d’inventions délirantes ni de jugements cinglants.  

« Tu ne dors plus, c’est une perte de temps, la vie est bien trop courte ».

« Tu trouves pénible ma propension à tout dramatiser, je devrais consulter quelqu’un ».

On voit dans cette dernière citation la situation extrêmement précaire de la fille face à cette femme qui voudrait bien lui faire porter le chapeau et le poids de sa folie. On voit aussi le lien très serré qui unit mère et fille, les personnages extérieurs « ils » ou « elles », ne trouvant presque aucune place dans ce nœud. En atteste encore ce fait : la mère écrit. La fille cherchera dans ce roman non publié – et dont une mention à la fin du livre nous laisse penser qu’il aurait pu l’être  -  les clés du secret paternel. Puis écrira à son tour.

Bien sûr, folle ou pas, la mère reste la mère, et l’amour que la narratrice lui porte – malgré tout – se tisse à la trame de failles et de coups qui constituent l’essentiel de cette relation. Il y a aussi la beauté de ce terrain commun qu’est l’écriture. Laissé inachevé par la mère, la fille, par ses livres publiés, accomplira peut-être un acte de réconciliation, ou, à tout le moins, d’apaisement.  

Le Nouvel Attila nous livre donc, sous couvert de la mention « roman », le premier texte d’Isabelle Flaten écrit à la première personne du singulier. Un texte extrêmement maîtrisé et puissant.

FG

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18 février 2021

Lectures opiacées

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Je n'ai jamais été en état de lecture comme lors des trois dernières semaines. Une douloureuse hernie discale m’immobilise. Je me recroqueville sur un nerf. Chaque mouvement, même ridicule, exige une énergie incroyable. La prise desserre parfois son étau mais je suis confinée à hautes doses. Je n’ose imaginer ce que ce temps aurait été sans la patience et l’attention de l’autre qui assure ma survie quotidienne. Je peux, grâce à lui, vivre en confiance, même diminuée, dans l'espoir d'une sortie du tunnel. La lecture ne se dérobe pas. J’ai des impressions comme rarement. Dois-je attribuer ces fulgurances à la dose d’opium prise toutes les quatre heures ? Mon statut d’immobile favorise-t-il ma capacité d’envol ? Ma réception de lectrice est modifiée, mon esprit critique aux oubliettes. Je suis dans les textes comme une enfant. Les images des paysages comblent l’espace de la chambre et se projettent sur le plafond. Je n’ai qu’à regarder. Le peu de conscience, non endormie par les antalgiques, a besoin de se sentir participante au monde. La douleur empêche souvent la concentration mais là, immobile, je parviens à sauver une heure de pages, comme une gorgée d’air.

Je vis sept mois au coeur de l’hiver d’Indian Creeks, dans le Montana de Pete Fromm, à surveiller un bassin de saumons, à chasser le cerf et le puma, à sentir les couches de vêtements contre le froid, à lutter contre une intoxication alimentaire, à guetter l’arrivée du courrier par les motos neige, à entendre l’arrivée bruyante du printemps qui fait craquer les glaces. Je dors dans une cabane à Cap Cod avec les Maytree d’Annie Dillard, à me demander ce qu’est la vie des êtres dans les ressacs de l’océan, à regarder le ciel, à faire bouger les maisons d’un endroit à l’autre, à comprendre ceux qui se reconnaissent par les gestes, les façons d’avancer les pieds dans le sable, de porter un enfant, d’accompagner les morts. Je marche dans les rues de New York avec Vivian Gornick à tenter de maintenir une relation mère fille d’un Attachement féroce. J'oublie comment Marianne Rubinstein se sort de l’écriture croisée avec la nièce de Virginia Woolf, Angelica Garnett, mais je partage les utopies du groupe de Bloomsbury. Je pose pour la photographe Julia Margaret Cameron sur l’île de Wight et attends l’arrivée de cercueils destinés à transporter ses affaires précieuses vers les Indes. Je me réfugie Dans la mansarde de Marlen Haushofer avec les feuillets du journal d’une épouse bourgeoise. Tout envahit ma tête avec intensité, formant des brumes enchasseées les unes aux autres, sans cohérence géographique ni temporelle. J’ai hâte de réincarner mon corps et rattrapper mon esprit évaporé mais je perçois la chance d’être dans les livres, même de façon confuse et désordonnée. J’espère refermer cette parenthèse, reprendre le cours des choses, les marches, la fluidité des mouvements... Pourtant être un corps bloqué bouge ma relation aux textes. Ce corps crispé libère un accueil sans filtre, manière de lire, inconnue de moi.

"Demain est un autre jour. Oui, avec un peu de chance. Un été, cinq ans plus tard, Maytree commença à mourir un peu partout dans la maison. Paulo le taquinait toujours parce qu’il lisait comme si le soleil ne se lèverait pas. Des demains, Paulo s’en apercevait, il n’y en avait jamais eu tant que cela". Cette phrase d’Annie Dillard débute l’épilogue du roman, concentré de l’histoire, ode au questionnement de la vie d’un couple charpentier-poète et femme peintre, qui cherchent à apprendre le nom des étoiles, des paysages marins, des boues et des pierres. Ils se demandent ce qu’est aimer, vivre, ce que nous pouvons faire de notre bref passage sur terre, quitte à se démunir de tout et vivre comme Lou "camarade de tranchée qui sait faire la tambouille". Ce livre brasse nature, peinture, humanité, géologie, poésie des grands vents, collections d’insectes, leçons de piano, connaissance d’Henry David Thoreau. "Pleins de compassion, ils portaient, à eux deux leurs solitudes respectives, de la taille chacune d’un globe effiloché. Tout avait meilleur visage depuis qu’ils étaient devenus vieux". Mon globe s’effiloche en déviant de son orbite. Je ne sais si mes constallations formeront de nouveaux rivages et quelles hallucinations vibreront en moi.

J’entasse pêle-mêle L’ amour des Maytree d’Annie Dillard, Indian Creek de Pete Fromm, Journal de Yaël Koppmann de Marianne Rubinstein, Freshwater de Virginia Woolf, Dans la Mansarde de Marlen Haushofer afin qu’ils poursuivent leur étrange alchimie.

Je laisse reposer et j’espère que ma jambe se réveillera doucement et que tout aura meilleur visage.

J’aurai sans doute un peu, beaucoup, vieilli...

Marcelline Roux

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11 février 2021

Carrés Sylvie Durbec

 

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Cinquante textes au format similaire, cinquante carrés autonomes et cousus ensemble pour réaliser une sorte de « patchwork », une couverture familière et douillette, tricotée à la main et qui tient chaud. Chaque carré reprend les mêmes fils de laine : le jardin, le poulailler, la « carabanne » refuge et lieu d’écriture, Peter Handke (omniprésent), les enfants, le renard. Parfois un fil, chute de pelote ou trouvaille de hasard, se glisse dans l’ouvrage – comme ce « carré zutique » qui dégringole dans l’espace blanc de la page.

…  « et en ce sens le carré est une fraction d’espace clos un tapis brodé de l’or de tous petits riens carrés »

Les carrés sont ouverts à tous les vents (écriture de plein air, sera-t-il plusieurs fois rappelé). Tout y entre, menus faits, bêtes et hommes, mistral et réflexions, dans une absence de hiérarchie qui évoque le vrac du journal intime, sentiment accru par l’absence de ponctuation qui crée un flux –le flux de la vie. Les poèmes s’écrivent aussi majuscule, sauf un C, qui, de temps à autre, lève la tête ou forme un accroc, un nœud. Tous se terminent par le mot « carré ». Contrainte qui tient plus de l’abri –on a le sentiment de se trouver dans de petites cabanes, des « asiles de jour » – que du jeu littéraire cher aux oulipiens. On notera le soin tout particulier apporté au rythme de ces fragments.  

(…)  «  et que sais-je moi de mes proches bien moins que ce jardin ces animaux qui me suivent dans ma cueillette d’épinards sauvages rapine de rien que je ramène comme trésor joie enfantine de celle qui arrache à la terre de quoi faire une salade pour annoncer au compagnon des matins que nous aurons un repas sauvage à manger ce soir » (…)

Le charme de ce recueil tient à ce jeu d’espace, celui dans lequel on vit se transposant à plus petite échelle sur la page puis dans le livre. Sylvie Durbec cartographie le familier, bien ceint de ses quatre piquets reliés de ficelle et traversé de grand air. C’est à la fois cadré et ouvert.  

Le dernier texte – carré 51 surnuméraire et entre parenthèse – est celui d’un enfant, qui appelle peut-être d’autres carrés à venir, celui, isolé, qu’on gardera  dans sa poche. «  (…ce matin un enfant s’ouvre au cœur d’un artichaut (…) »

FG

Carrés, Sylvie Durbec, edition Faï Fioc, 11 euros

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02 février 2021

l'odeur d'un père Catherine Weinzaepflen

L’odeur d’un père de Catherine Weinzaepflen

Editions des femmes

 

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Catherine Weinzaepflen avait un père qui vivait en Afrique. Parents divorcés, à partir de 11 ans , elle ira donc passer ses vacances chez ce père. Elle écrit dans ce livre sa vie africaine, non à l’image de Karen Blixen et sa ferme africaine, quoique son amour du pays, sa chaleur, ses odeurs qui mènent aux souvenirs, et l’instant de l’éclosion des fleurs de caféiers sont comme un discret clin d’oeil. Toutefois, le père n’habite pas une ferme mais une maison à l’écart et même si la nature entre dans les pièces (crapauds, lézards, scorpions) la vie africaine de Catherine Weinzaepflen est une vie du dedans, du lit dans la cuisine, de la surveillance, des règles imposées par la femme du père. La peur domine : une jeune fille risque évidemment de tourner mal. La femme et le père la surveillent comme le lait sur le feu avec toute la violence que cela sous-tend.

 

Ce qui touche profondément dans ce texte tient pourtant moins de l’Afrique que du ton adopté par l’autrice : ces «quand j’ai onze ans », « quand j’ai x ans », qui rythment le récit mêlent à la fois la voix de l’adolescente et celle de l’adulte sans jamais être dans l’artifice de la recomposition. Le lecteur ou la lectrice se sent à mi-chemin, comme si on ne pouvait regarder le passé et une relation difficile avec un père qu’à partir de ce point de vue distancié tout en préservant intactes les émotions adolescentes, comme s’il fallait attendre que ces émotions trouvent la force de leur expression en s’objectivant. J’ai retrouvé tant de paroles entendues, de lois dictées pour soi-disant empêcher les filles de devenir putes, tant d’incompréhensions qui se sédimentent. Ce texte s’écrit au bon moment même si le père est mort sans savoir. Il faut ce temps des âges traversés. Catherine Weinzaepflen traduit cette durée sans jamais perdre la fraîcheur d’approche de la jeunesse. Sa façon d’énoncer, presque factuelle, donne force aux blancs des silences qui permettent d’avancer sans effacer. Ce texte n’est pas un règlement de compte, ni une lettre au père, il serait plutôt une lettre aux femmes qui ont subi une éducation pleine d’a priori sapant la confiance et parfois même l’amour. Je crains hélas qu’il y en ait encore beaucoup. Ces femmes pourraient avoir l’envie d’offrir ce livre à de futurs pères pour faire bouger les lignes.

MR

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25 janvier 2021

Agostino Alberto Moravia

Alberto Moravia : Agostino

Flammarion (1944)

#LaBouquinerie du centre (Angers)

Agostino était en solde ! Je ne l’ai su qu’au moment de payer. On dit que les livres sont chers, voilà un exemple qui prouve le contraire, pour 1€50 j’ai eu du plaisir pendant deux soirées. Moravia, il y avait quatre de ses livres sur l’étagère, j’en ai pris deux. J’ignorais que j’allais apprécier ce classique de la littérature italienne (les préjugés ont la vie dure). Agostino a 13 ans et passe des vacances en compagnie de sa mère jeune et veuve au bord de la mer. L’enfant est très attaché à sa mère, un lien jaloux (incestueux ?) qui, lorsque celle-ci tombe sous le charme d’un homme de son âge, se défait dans la douleur. Comment écrire l’enfance et la seconde coupure du cordon ombilical ? Moravia procède par touches, par des approches successives tant au niveau de l’action que dans la psychologie de l’enfant. Venant de lire un auteur américain, la manière de mener l’intrigue me semble à l’opposé et beaucoup plus subjective. Est-ce la marque des auteurs européens de l’époque ? Il y a des écrivains américains qui sont restés « européens » ou du moins qui n’ont pas rejeté l’introspection.

Récit initiatique, Agostino gosse de riche solitaire, va à la rencontre des gamins du port et s’aperçoit vite qu’il ne vit pas dans le même monde. On le boxe, on le charrie, on en profite mais rien n’y fait, la révolte est un moteur puissant. En peu de temps il tente de devenir adulte par réaction à la découverte de la féminité de sa mère. Il se frotte au monde extérieur et à ses vicissitudes mais ça ne suffira pas pour en acquérir les codes.

Moravia maintient la mère dans un rôle secondaire, une belle plante qui refleurit et ne s’occupe plus de la déchirure qui dévore sous fils sous ses yeux. L’auteur analyse le comportement d’Agostino en expert, presque en psychanalyste, attribuant à l’enfant la possibilité de questionner et de répondre en même temps à ses préoccupations. J’ai lu le livre avec en mémoire la biographie de Moravia et je me suis dit qu’il était un peu cet Agostino.  

J.E.

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J'aurais dû rester chez nous Horace Mac Coy

Horace Mac Coy : J’aurais dû rester chez nous. Folio (1937)

#labouquinerie du centre (Angers)

Loin de moi l’idée que c’était mieux avant, pourtant quand je lis Mac Coy, je me dis que si son style n’est pas élaboré (quoique représentant une époque), si la psychologie des personnages est simplifiée et l’intrigue sans grande imagination, le livre – témoignage sur Hollywood par un auteur qui a fréquenté le monde du cinéma –  est toujours d’actualité.  Venus de la campagne, un jeune homme et une jeune fille désirent faire une carrière d’acteur. Ils rejoignent la foule des figurants et courent après les contrats. Leur naïveté et leur morale sont soumises à rude épreuve. La pureté de leurs sentiments ne résistera pas à l’ambition, au désir d’être célèbres. La beauté du garçon le propulse dans les bras d’une riche veuve qui lui promet la gloire, la révolte de la fille la conduit en prison. Derrière les films qu’on présente au public, il y a une société du pouvoir et de l’argent, immorale et artificielle. Dans son roman Horace Mac Coy met en garde, mais le miroir aux alouettes continue de fonctionner et des milliers d’apprentis vedettes  s’y font prendre.

L’auteur aligne des faits et reste au premier degré. Il ne demande pas aux lecteurs de venir dans le livre. On y parle de racisme, d’Hitler et de communisme, de juge véreux et de gigolos sans se cacher derrière le politiquement correct.  C’est efficace, objectif, composé en grande partie de dialogues, presque un scenario.

J.E.

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28 novembre 2020

Au pays du roi qui inventa l'écriture Alain Kewes

 

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Il y a d’abord ces pages très justes sur le départ du voyageur : « On ne part jamais d’un coup. La cuisine est souvent la dernière pièce qu’on quitte, il y a ensuite le perron, la rue, la ville, la campagne environnante : on est encore chez soi. » « Il est plus long qu’on croit de partir. »

Puis ces pages sur le retour : « Les premier jours après le retour sont une frontière, une ligne de fracture, ou une grève à marée montante. On est là, sur la terre ferme, ayant retrouvé tout ce qui fait notre ordinaire (…) » et les questions sur la pertinence d’écrire le voyage.

Entre les deux ? Entre les deux, se glisse la Corée, pays qui « a parfois un goût de guimauve », croquée en quelques instantanées avec nonchalance et malice par Alain Kewes. Comme une sorte de longue parenthèse légère entre le départ et le retour. C'est la Corée, mais ce pourrait aussi bien être le Groenland ou l'Yonne,tant ce qui importe, au fond, est moins l'éloignement que l'exercice du regard et de la curiosité.

Un livre à lire chez soi, dans son fauteuil préféré, en sirotant un thé ou de « l’orge malté », accompagné d’un chat et de la préface complice de Marcelline Roux.

FG

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08 novembre 2020

Confinement saison 2 : livres de fuite

Résumé de l’épisode précédent : saison 1, j’avais dévalisé la médiathèque en Dvd et BD, rangés serrés dans un grand carton, avec l’idée de tenir un siège, passé commande aux éditions du Réalgar pour plonger dans l’univers d’Isabelle Flaten.

 

J-1 saison 2 : j’ai foncé chez mon libraire, faut quand même savoir se renouveler d’un confinement l’autre. Suis repartie avec 1180 pages du séminaire d’Hélène Cixous, trois années, retranscrites par une véritable bénédictine, Marta Segarra. Hélène Cixous garde très peu de notes, juste quelques mots sur les photocopies des textes qu’elle étudie. Alors bravo à cette chercheuse pour ce travail de fourmi, dont le titre tombait à pic : Lettres de fuite ! Dans la foulée, j’ai acheté Ruines bien rangées de la même HC. J’ai une passion pour cette écriture qui me happe. Elle occupe une étagère entière de ma bibliothèque. Bref, je vis depuis longtemps près d’Hélène Cixous, sa mère, sa Tour de Montaigne, ses chats. Je le lui ai avoué un jour au cimetière Montparnasse. Elle sait donc que son feuilleton du côté d’Onasbrück ne fera que continuer notre conversation secrète. L’avoir entendue sur France Culture m’a fait prendre conscience qu’elle parvenait à mettre des mots sur notre présent en rupture, ce dont j’avais follement besoin…Juste avant de régler le libraire et de lui demander comment rester en contact, j’ai glissé le dernier Fabrice Caro : Broadway . Rien n’à voir avec Cixous mais il m’avait déjà cueillie par son humour dans Le Discours et m’en serais voulue de me priver de quelques fous rires, en catamini, sous la couette.

 

Saison 2, jour 6, j’ai réussi à emprunter en médiathèque : 2666 de Roberto Bolano, intriguée par sa présence réitérée dans L’Année du singe de Patti Smith et par un retour de lecture d’Alain Kewes (2666 nécessairement moins confiné que 2020), Le Pont de Bezons de Jean Rolin, histoire de déambuler plus loin que le kilomètre autorisé et Le Tiers temps de Maylis Besserie, pour m’initier à l’immobilité beckettienne. Faut dire que je venais de terminer et de rendre deux magnifiques livres de Déborah Lévy, traduits par Céline Leroy, aux Editions du Sous-sol, je ne pouvais pas repartir le sac à dos vide.

 

Jour 7, j’ai ajouté quelques remontants du côté des «éditions indépendantes » : Philippe Mathy Etreintes mystérieuses, à L’ail des ours, Iles de la Gargaude, à L’atelier des Noyers, une page de nature et de grand vent qui me réveillent au petit-déjeuner, Werner Lambersy Les Convoyeurs attendent, journal sauvage chez Rhubarbe, deux pages après le repas du midi pour faire attendre avec piment et piquant les convoyeurs de la sieste, sur la table de nuit, patiente Le Bruit de la liberté de Frédérique Germanaud aux éditions de La Clé à Molette et je risque de passer quelques autres commandes aux éditeurs si je détecte un début de soupçon de sentiment de manque.

 

Soir jour 8 saison 2 : je contemple mes piles et me demande si j’avais terminé la pile de la saison 1. Une saison 3 ne me sera pas inutile...Et si c’était à cause de moi que vous avez dû être tous reconfinés ? Le virus de la lecture cause d’inscoupçonnés ravages et fait tourner la tête. Je me rassure en me disant que c’est la seule fièvre qui aide à respirer. Allez, j’y retourne, toutes ces pages « bruissent de liberté » et pour le moment, c’est le meilleur vaccin ! N’aurais-je pas oublié de faire des provisions de pâtes et de papier toilette ?

M.R.

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31 octobre 2020

Citéville, Citéruine Jérôme Dubois

 

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Citéville et Citéruine sont deux albums conjoints de Jérôme Dubois qui abritent le quotidien d’une ville banale, pourvue de supermarchés, de services, d’administrations, de pavillons et d’immeubles.

Dans la tradition des utopies ou uchronies, Citéville nous présente une société fondée sur le seul principe marchand. Tout se vend, tout s’achète, y compris les enfants. Heureusement, se dit-on, nous ne vivrons jamais cela. Sauf que, à y regarder de plus près, notre monde contemporain présente de curieuses similitudes architecturales, relationnelles, économiques, avec les pages de Jérôme Dubois.

Citéruine est le pendant déserté et ruiné de Citéville. Ne reste que les décors (les mêmes, case par case), mais sans leurs habitants et en état de délabrement. Que s’est-il passé ? On ne le saura pas, et peu importe au fond tant la disparition du monde d’avant n’entraîne aucun regret. Dans ces espaces désaffectés et privés de toute forme de vie (pas un homme, pas une bête), on se prend à rêver d’un possible. Repartir à zéro, réinvestir les bâtiments, les maisons, s’y bâtir une vie meilleure.  

Deux albums au trait  inventif, deux albums qui résonnent singulièrement avec notre époque.   

Citéville, éditions Cornelius

Citéruine, editions Matière

FG

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