atelier du passage

29 juin 2017

Chapelle ardente Jacques Josse

Chapelle ardente

Jacques Josse

Editions du Réalgar

 

 

chapelle ardente

 

La chapelle ardente est le bar « La Iza », dont le tenancier vient de mourir. Avant l’enterrement, les proches du Barbu –tel est le surnom du défunt – se réunissent une dernière fois autour du cercueil exposé dans le troquet. Petite humanité serrée dans ce lieu pour un dernier hommage. Jacques Josse la croque avec la verve et la tendresse qu’on lui connaît, dans une langue d’une belle vitalité. Il y a l’instituteur, revisitant en imagination avec le Barbu les bistrots mythiques de la littérature et du cinéma. Didier, l’ancien cascadeur aux jambes détruites, qui gare sa voiture automatique à la fenêtre de l’établissement pour qu’on lui serve un verre sans avoir à sortir. François, le veuf, muet hors de chez lui, insultant sa femme morte derrière les murs de sa maison.

 

Hommes – peu de femmes dans ce livre – cassés, boiteux. Jacques Josse saisit d’un trait ces corps qui tiennent encore debout, malgré les blessures, malgré – ou grâce à – l’alcool. Sans s’appesantir. Le texte est bref, dense. Calé sur le dernier coup bu à la santé du défunt. C’est un texte à lire coude au comptoir. Dans la fraternité d’une poignée d’habitués.

 

Pas de pleurs ici. Ils ont vécu bien d’autres chagrins. Ce n’est pas la fin du monde, juste un compagnonnage, même pas quotidien, qui disparaît. L’émotion est là pourtant, retenue, effleurée par l’écrivain, perçue par le lecteur. De la pudeur, de la dérision pour éloigner la peine.

 

«  Beaucoup trinqueront à sa longévité posthume, revenant sur sa bonne humeur, son appétit de vivre, mais aussi sur ces étranges moments de désarroi et de solitude qui pouvaient, certains jours, le rendre plus rugueux que d’habitude ». En quelques mots, une vie se devine, s’imagine. C’est l’un des talents de Jacques Josse que de savoir suggérer en une phrase toute une existence.

 

Les bistrots sont chez Josse comme de vieilles maisons familiales : des refuges, des lieux d’accueil. Des poches où le temps ne passe guère. Chacun y vient chauffer ses os ou son cœur l’instant d’un verre ou deux, d’une conversation mille fois reprise. Que vont-ils devenir, le navire déserté par son capitaine ? On les imagine âmes errantes, certains mettant à exécution le tragique destin dont ils menacent régulièrement la compagnie. Peut-être pas. Peut-être se contenteront-ils de migrer vers un autre havre, un autre bistrot. Et Jacques Josse poursuivra la chronique de ces gens de peu qu’on a appris à aimer.

 

 

Frédérique Germanaud

 

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19 avril 2017

La soeur de mon Frère Catherine Weinzapflen

Le Sœur de mon frère de Catherine Weinzaepflen. Editions des Femmes

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J’ai entendu dire que les auteurs français ne savaient plus écrire d’histoires, qu’ils n’étaient bons qu’à se regarder le nombril. Que dire alors des autrices ? A part, se jeter dans l’auto-fiction, il n’y a rien à en attendre d’après ces mêmes grincheux. Les américains seraient les seuls à savoir embarquer leur lecteur dans le récit.  Dans mes dernières lectures une écrivaine et un écrivain français auront démenti ces mauvais parleurs : Tanguy Viel et Catherine Weinzaepflen. Pour ceux donc qui ont envie de s’immerger dans une histoire, ils ne leur reste qu’à courir chez leur libraire. Et cette fois, honneur à la dame ! Je n’évoquerai pas Tanguy Viel :  son dernier livre vient d’être salué par mes amis suisses genevois, il fera très bonne route sans avoir besoin de mes petites lignes. Peut-être n’en sera-t-il  pas de même pour La Sœur de mon frère. Ce serait dommage : il faut que ces quatre cents pages circulent comme circule la vie des personnages de ce roman. Nous sommes plongés dans l’aujourd’hui : un monde de guerres lointaines, Afghanistan, Syrie, Ukraine, Soudan, Niger qui pénètrent peu à peu mais aussi brutalement l’univers des parisiens, artistes, journalistes, juges, avocats, étudiants, écrivain. Personne n’est épargné par l’Histoire même si chacun poursuit son chemin. L’amour peut surgir lors d’un dîner mais les petites et les grandes histoires n’en finissent pas  jouer ensemble, de se dire ou de se taire. Chacun tente d’apporter sa tonalité au chœur des hommes et ce roman se construit dans cette polyphonie. Le lecteur passe tout au long des pages d’un personnage à l’autre sans se perdre, tenu habilement par l’auteur qui tisse les lignes de son texte comme les lignes de vie. J’ai lu plusieurs livres de Catherine Weinzaepflen mais celui-là est différent. Elle semble avoir épuré son style pour que la phrase ne fasse pas écran, comme s’il fallait que l’on plonge sans retenue dans le parcours de ces hommes et ces femmes, nos contemporains.  Je n’ai pas envie de résumer, dire comment l’un tombe amoureux de l’autre, comment celui-là s’en va vivre loin pour peindre des baleines, comment une photographe renaît peu à peu à la vie après la mort brutale de son mari, comment une écrivaine passe ses jours à écrire mais aussi à porter un regard sur Paris. Tous appartiennent à une partie de la société, celle dite des privilégiés, des cadres supérieurs pour parler comme les sociologues  mais ces cols blancs ne sont pas les clichés que l’on nous donne trop souvent à voir. Ils ne sont pas coupés du monde et parfois sont engagés dans leur métier, dans leurs discours, à participer à la marche de ce monde. Leurs pas peuvent sembler petits. Ils trébuchent  dans leurs propres inconséquences et interrogations mais un souffle vital les traverse presque malgré eux. Ils ont la maladresse des hommes véritables, de ceux qui n’osent plus croire qu’ils font bouger les choses. Nous ne sommes pas dans l’univers des supers héros mais dans notre 21e siècle qu’il faudrait aussi savoir regarder sans amertume. Je ne sais si c’est cela qu’a voulu Catherine Weinzaepflen mais elle soulève un coin de voile qui, s’il n’est pas complètement joyeux, est sans doute moins sinistre que ce qu’on dit. Je trouve même assez risqué d’avoir osé en tant qu’écrivain reprendre la place extérieure de celui qui raconte, observe et couche sur le papier les hommes de son temps. La force est que Catherine Weinzaepflen semble diluée dans chacun de ces parcours de vie. Elle pourrait être Théo qui tombe follement amoureux de Pascaline, Fred qui marche dans Sydney avec Fumi, Chris qui est partie faire des photos de Guerre ou Milena qui ne répondra jamais au téléphone avant 15h car elle écrit, même Charles, la figure de l’homosexuel penseur et drôle pourrait être un éclat de portrait secret. Je ne la sens étrangère à aucun de ces êtres inventés. Cela donne à chacun une tendresse certaine et le lecteur se surprend à les aimer tous. Comme Jane et Guitarre, en clin d’œil lointain aux Verdurins, rassemblent, rituellement une fois par mois, des invités pour sentir que quelque chose passe qu’on ne peut enfermer. Serait-ce le sens de nos vies qui sans cesse échappe ?

Marcelline Roux

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27 février 2017

A mes Yeux. Laurence Werner David

 

A mes yeux

A mes Yeux

Laurence Werner David

Edition Buchet-Chastel

 

 

Certains êtres se bâtissent sur le secret. Victor Crescas, le personnage principal et narrateur de ce roman, est de ceux-là.

 

Les premières lignes ont la sécheresse d’un rapport de police : le narrateur y décline ses nom, prénom et profession. Depuis plusieurs jours, il fait le guet devant un lycée de Nemours. Il vient de repérer celui qu’il cherche : Tom, son fils, dont il est sans nouvelle depuis que l’enfant, à quatre ans, a été emmené par son ex-compagne. Usant des ressorts du thriller, Laurence Werner David pousse Victor Crescas à séduire la mère de la petite amie de Tom pour mieux approcher celui-ci, sans dévoiler ni son passé, ni ses desseins. Le stratagème opère si bien que Victor et Jade vont s’aimer et vivre ensemble.

 

Secrets et mensonges, donc. Comment révéler à Jade qu’il l’a approchée dans le seul but de retrouver son fils ? Victor Crescas est enfermé dans le piège qu’il a posé. Laurence Werner David nous dévoilera peu à peu qu’il s’intègre dans une lignée d’hommes enclos en eux-mêmes : un grand-père disparu mystérieusement, un père taiseux, son fils Tom absent, son autre fils Mattéo en fuite. Une vie construite sur de telles fissures est nécessairement fragile et dangereuse. Le narrateur côtoie des gouffres et met en péril son entourage. N’est-ce pas sa première compagne qui, déjà, disait : « un jour de départ en vacances, sur une route, j’ai imaginé qu’il allait tous nous tuer ».

 

La menace d’être découvert pousse Victor à déménager avec sa nouvelle famille à Maisons-Laffitte. Il y fait la connaissance de Jacques Garland, éducateur spécialisé, qui le met sur la piste de quelques faits divers sordides impliquant des mineurs, et notamment le meurtre du Chambon sur Lignon. La figure de Tom s’éloigne alors, pour être remplacée par celle du jeune meurtrier dans l’esprit du narrateur. Un intérêt qui va devenir obsession, contaminant les autres membres de la famille.

 

La romancière déroule son intrigue, captivant le lecteur. Elle distille habillement l’inquiétude tout au long de sa narration, usant du « je », mais ne se privant pas de faire des incursions dans des lieux où le narrateur ne se trouve pas ou dans la tête d’autres protagonistes. Lieux, personnages principaux et secondaires sont tous dotés d’une forte présence et gardent chacun leur part obscure. La langue est précise, cherche à dire au plus près les failles, la quête de sens et ce qui se dérobe sans cesse, plus à travers des faits, des déplacements, des décors que dans de longs déroulements psychologiques. La photographie volée et manquante, dans l’album familial, à la fin du livre, résume l’histoire de Victor Crescas, cette ancienne douleur qui l’accompagne depuis toujours et dont il ne peut se défaire.

 

Frédérique Germanaud

 

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15 février 2017

Marcelline Roux lit Paris et autres déambulations, de Christian Doumet

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Paris et autres déambulations

Christian Doumet

Edition Fata Morgana

 

Quitter Paris avec Paris et autres déambulations

 

Il faut oser embarquer les livres en voyage, surtout quand le titre suggère la déambulation et qu’il se prédestine au mouvement. Je me balade donc avec les fragments de Christian Doumet dans ma besace. Je savoure sa façon d’entrer en littérature par la porte philosophique. Fréquenter sa prose, c’est me mettre à penser au détour des mots, l’air de rien, mais assurément. Loin de la froideur de l’essai, ses phrases partent du corps avant de rejoindre la tête. C’est ce départ qui offre le partage en simplicité.  Son dernier opus, pourrait aider à reformuler la trop célèbre affirmation cartésienne « je pense donc je suis » en un « je marche donc je pense », ou mieux un « je flâne donc je suis ». Dans les pas d’un Réda, Gracq, Rimbaud, Baudelaire, Queneau et même, in extremis, d’un Roubaud, il prend le relais. Sans s’encombrer toutefois de ces références littéraires, les pas de Doumet défrichent. Ils n’écrivent ni par procuration, ni dans les traces d’un autre, ils avancent au hasard des rues des villes, comme, semble-t-il, dans la composition.  Les titres des fragments se déposent les uns près des autres, sans souffrir de cette cohabitation au petit bonheur la chance.  Le mollet de l’auteur n’est d’ailleurs pas celui du randonneur qui accomplit consciencieusement ses étapes mais celui du passant citadin qui use, selon l’humeur, ses semelles de vent sur le bitume. Point de tirades érudites sur le pittoresque d’un quartier, ou la beauté architecturale d’une façade, le philosophe ne singe pas le guide touristique. Il part d’impressions, de sensations, de nuages, de lumière, de cogitations intérieures pour métamorphoser sa flânerie en méditations. Ce pas de côté, posé loin des habitudes d’aujourd’hui, du footing, de la performance sportive, de l’allure pressée pour rejoindre le bureau, dégage l’homme de sa servitude volontaire pour le mettre en état de voir, hors du flux. Christian Doumet ouvre la voie du luxe qui ne coûte rien. De ce point de vue, il n’a rien compris à l’époque : proposer de vivre luxueusement sans signes extérieurs de richesse n’est pas le moyen de fabriquer des suiveurs. On ne suit de toutes façons pas un flâneur, son itinéraire est trop aléatoire et incompréhensible pour celui qui l’observe. C’est sa liberté suprême : il n’appartient qu’au tracé qu’il dessine, à partir de sa carte intérieure, faite de souvenirs et d’attentes. C’est un homme ouvert à la rencontre, au visage aperçu, à l’improvisation, musicien de jazz maîtrisant l’art de la fugue.  Je n’ai pas glissé Paris et autres déambulations dans mon sac pour fouler les rues de la capitale en symbiose imitatrice. C’eût été trop facile. J’ai osé embarquer ce Doumet dans mon vieux sac à dos Karrimor et l’ai fait monter dans un Ouibus : une provocation pour cet amateur de grandes et nobles villes comme New York, Londres, Pékin, San Francisco. Etait-ce une si grave erreur ? Ces nouveaux trajets en car deviennent ceux des pauvres, obligés, faute de pouvoir d’achat, d’apprendre à voyager lentement. Je ne sais si le ministre qui a permis ce développement routier, faisant fi des enjeux écologiques, avait conscience d’afficher clairement la couleur d’une France à deux vitesses. Je m’étais même promis de résister à ce moyen de transport mais nécessité faisant, j’ai succombé. Il me fallait un antidote et Doumet m’aidait. Au fil de ses mots, je me suis dit que finalement ces cars étaient à leur façon un nouvel art de la flânerie : arrêts dans des lieux improbables, vitesse stabilisée sur l’autoroute, visages multiples à découvrir à bord, rien à voir avec la grande vitesse des TGV. Le TGV fait désormais figure de jogger et me revoilà du côté du marcheur doumettien qui ne comprend rien à la course de ces solitaires  qui font durer leur foulée tard dans la nuit. Ce n’est plus « un jogger passe dans la nuit », ni même, « un train passe dans la nuit », pour citer l’oulipien François Le lionnais, mais « un car passe dans la nuit ». Je me console en retrouvant cet art poétique de la bifurcation et un regard embué sur le paysage. J’ai quand même hâte de poser le pied sur le trottoir. Je ne pourrai certes pas avoir la grâce élégante  de Fanny Ardant dans Vivement Dimanche qui séduit tant Christian Doumet : mon vieux sac à dos me l’interdit. De toutes les façons, on est lundi, pas de regret. J’aurai du moins lu en tentant ce pas de côté et j’ose croire qu’il m’aurait approuvée.

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16 novembre 2016

Suzanne et l'influence Frédérique Cosnier

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F

 

 

 

Deux femmes sous influence et pourquoi pas trois ?

 

 

Frédérique Cosnier a écrit son premier roman sous influence. Elle ne s’en cache pas. Le film paronyme de John Cassavetes a été l’aiguillon détonnant de son écriture. Cassavetes filme un couple dans l’Amérique des années 70 : Gena Rowlands qui vit avec Nick, Peter Falk, et trois enfants. Cette mère est borderline et aime ses kids de façon singulière. Quand ils sont à l’école, elle s’ennuie si vite d’eux qu’elle les attend à leur arrêt de bus deux heures avant leur sortie de classe. Elle organise aussi des surprises parties où chacun se dévêt pour mieux entrer dans son rôle. Elle n’entre dans aucune norme et Nick, son mari, craque et finit par autoriser son hospitalisation avant de comprendre que la vie avec elle est mieux que sans elle. Ce film est d’une vitalité bouleversante. Il fallait être drôlement sous influence pour transposer ce récit dans la France d’aujourd’hui, pour faire d’un Géant Casino l’emblème du dérapage de notre société de consommation, pour transformer la Mabel, jouée par Gena Rowlands en personnage de papier, rebaptisé Mable, qui sonne comme Mabel, mais qui s’écrit comme le nom d’une rivière française de la Loire. Il fallait avoir une petite dose de folie pour souffler dans des mots toute l’énergie que met un Cassavetes à traquer ses comédiens et sa femme Gena. Frédérique Cosnier a été cette auteure sous influence qui a embarqué ses lecteurs dans la frénésie, le bord de la raison, le hors de toute logique. Elle a même créé une troisième femme pour ajouter une Suzanne dans le cyclone. Suzanne, amie de Mabel, est dérangée elle aussi, étrange, comme on dit quand on est bien élevé. Elle est tout à la fois la Louise du couple légendaire Thelma et Louise et la figure biblique de Suzanne et les vieillards, l’innocente femme nue qui se montre et qui est perdue, malgré elle, par les avances des hommes voyeurs. La Suzanne de Frédérique Cosnier est cette innocente coupable quand elle rapporte en toute bonne foi un concombre non payé au supermarché, et pourtant coupable, quand elle dérape face à la caissière qu’elle accuse de n’avoir pas passé sous la scannette le fameux concombre. Cette Suzanne est aussi voyeuse, à sa façon, du couple de son amie Mable et de la folie de cette dernière, tout en étant aussi dangereuse qu’elle, tuant en vérité ou en imagination, avec une Clé à molette, un  homme sur la route. L’amitié insensée entre les deux femmes est un cristal qui éblouit et fait perdre la vue. Suzanne devra d’ailleurs au fil du texte se métamorphoser en Gloria, et plonger dans cet autre film de Cassavetes, pour sortir du duo dévorateur. Ce que Frédérique Cosnier ajoute comme un bonus aux ingrédients cinématographiques avec cette Suzanne est un humour ravageur. Je pense que toutes les femmes qui sont, avouons-le, trop souvent sous influence masculine, devraient apprendre par coeur les répliques échangées par Suzanne et Mable dans un bar alors qu’elles se font salement draguer par deux matchos. Ce moment est jubilatoire. Il ne faut rien en dévoiler pour garder l’effet intact. Il est précieux aujourd’hui de courir dans les pages, de lire happé par un personnage et d’avoir en plus le plaisir de rire. Frédérique Cosnier, telle une Cassavetes littéraire, installe son lecteur au coeur d’un fatras vital et jamais ne le lâche. La densité n’enlève rien à l’affaire, au contraire. Le monde d’aujourd’hui apparaît tout aussi cruel que la société américaine des années 70 et ces vies humaines transfigurées aimantent autant à défaut d’être aimées. Après avoir lu ce récit paru évidemment à La Clé à molette, arme redoutable, je ne regarde plus ni les caissières, ni le quotidien de la même façon. L’anormalité des choses me saute à la figure et cela me réjouit presque.   

 

Marcelline Roux

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17 octobre 2016

Elisée, avant les ruisseaux et les montagnes Thomas Giraud

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Elisée, avant les ruisseaux et les montagnes

Thomas Giraud

Edition Contre Allée

 

« On connaît plus précisément la terre sur laquelle on a dormi, ses odeurs, son grain. Ces endroits de sieste lui donnent une connaissance détaillée, en fin de compte, de milliers de lieux-dits, d’arbres égarés, de rus entre deux champs ».

 

Thomas Giraud a choisi, dans ce premier livre, de se pencher sur le géographe Elisée Reclus, et plus particulièrement sur ses années de jeunesse. De la personne d’Elisée Reclus, il retiendra : qu’il dû s’arracher à l’emprise de son père qui avait décidé pour lui d’un destin de pasteur, qu’il portait un grand amour à sa mère, la douce Zeline, institutrice, qu’il eut de nombreux frères et sœurs. Son frère aîné, Elie, fut une figure tutélaire qui lui ouvrit la voie vers la libération. Elisée aimait marcher et refusait de manger de la viande. Il eut ce grand projet, qui demeura inachevé, de faire une représentation du monde à une échelle qui soit presque celle de la réalité. Ce qui montre qu’il est impossible de coller de trop près à la vérité, ou plutôt que la vérité ne se trouve pas dans un décalque du monde, sans part de création, ou d’imagination.  

 

Suivant ce que son personnage lui enseigne, Thomas Giraud n’a pas fait œuvre biographique. Seules quelques indications de temps et de lieu sont données au lecteur, l’écrivain préférant opter pour un point de vue intimiste, une tentative de cerner le personnage par quelques détails signifiants et une compréhension « de l’intérieur ». Il adopte ainsi la démarche de l’apprenti géographe : une prédilection pour le détail, une absence de hiérarchie, une pensée ouverte. De petits faits font l’homme plus que la grande histoire, de petites pensées également, que Thomas Giraud nous fait partager sous l’appellation de « bout de pensée » qui ponctuent le récit.  Elisée Reclus fut un être libre, un être d’étonnement. On le suit dans son long voyage à pied, de Sainte Foy à Neuwied, en Allemagne, dans ses années d’apprentissage, puis dans ses pérégrinations à sa sortie de l’école, alors qu’il a définitivement rejeté la profession de pasteur et qu’il quitte le collège avec pour tout bagage des carottes, des oignons et des pommes de terre. Marcher, écrire, on le pressent à la lecture du livre, seront les deux occupations essentielles de sa vie.

 

« Bout de pensée : demain je pars. Respirer, respirer, respirer, enfin »

 

Thomas Giraud scrute son personnage par le prisme de l’imaginaire et de la sensibilité, avec un instinct sûr, pour le faire exister par l’écriture. Il a su dégager ce qui fondait la conscience et la liberté de l’homme en devenir, le sens d’une vie. Premier livre d’une grande maturité, porté par une langue dense et parfois proche de la prose poétique.

 

Le lecteur pourra prendre connaissance, avec intérêt et plaisir, de quelques traces du travail de Thomas Giraud sur le site Remue.net qui a accueilli des pages du journal d’écriture d’Elisée.

 

Frédérique Germanaud

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04 août 2016

Marcelline Roux lit le Piano Oriental, de Zeina Abichared

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Ce matin est arrivé par la poste, dans la fameuse boîte à livres, que devient ponctuellement ma modeste boîte à lettres, un grand carton des éditions Casterman. J’ai été surprise. Ce n’est pas un éditeur que je fréquente habituellement. Puis, j’ai découvert Le Piano Oriental et j’ai compris ! Je remontais soudain trois années de rêve autour d’un livre. Aucun lecteur ne soupçonnera le temps de l’amont de ce piano. J’avais eu la chance de le vivre avec Zeina Abirached. Je l’avais accompagnée pendant une résidence d’écriture et avais papoté avec elle lors de quelques marches pique-nique dans les bois de ce piano bilingue, qui pouvait tout à la fois jouer de la musique orientale ou occidentale.  Elle avait évoqué son propre bilinguisme, ce tricotage entre français et arabe, ses deux langues « maternelles », entre Liban et France. Il avait donc fallu presque trois années pour que ces planches en noir et blanc tissent une histoire entre cet Abdallah, inventeur de piano original, et la figure de Zeina, pour donner à voir comment les langues façonnent la culture de chacun. J’étais très émue au moment d’ouvrir ce roman graphique, au moment de reconnaître les boucles de cheveux abirachédiens, d’entrer dans ces doubles pages qui forment à elles seules une oeuvre et autant de respirations dans ce Beyrouth, si explosant de sons, de bruits, de références. J’étais émue et souriais des détails du quotidien saisis par le trait décalé et tendre de Zeina. Certaines expressions françaises, gestes, petites manies rattrapées dans le noir et blanc en un regard doux et plein de malices, surgissaient presque naturellement au fil des vignettes. Ce roman graphique est un nouvel épisode de la saga. Même si chaque tome peut se lire indépendamment, il y a une réelle jubilation à retrouver des personnages, des décors, des clins d’oeil d’un livre à l’autre, tant se mêlent habilement l’intimité de la vie de famille, l’univers de la rue et la grande histoire. Rien de brutal dans les évocations libanaises mais plutôt une élégance qui ne cherche pas la violence, la douleur de l’arrachement, ou du chemin pour renouer avec le passé, le récit abirachédien abandonne volontairement ces affres pour garder le bon ton, le bon tempo, celui de la réécriture et du recul. Suivre cette saga, c’est chaque fois relever les anecdotes qui constituent le véritable relief des vies. On en redécouvre ici une savoureuse collection : les « scrouitch »des bottines italiennes, les « cui cui » de l’oiseau Ludwig, les « poc » du tarbouche d’Abdallah, les séances chez le coiffeur, passage abirachédien obligé, les jeux entre les langues. J’étais finalement émue de recevoir ce livre au moment où l’Europe hésite à accueillir les migrants, ces gens entre deux langues, deux pays, deux cultures. Ce piano oriental pourrait être un hymne à l’accueil, à l’accord, une façon de mettre la pédale douce, de décaler d’un quart de ton les discours ambiants et de réentendre la richesse qu’il y a à ne pas couper une part de soi qui est aussi une part avec les autres, à faire le passage de l’orient à l’occident ou inversement. Je ne sais si une musique intérieure résonne encore dans le coeur des personnes qui ont tout quitté et vécu des voyages difficiles. Il nous faudra beaucoup de patience pour capter les notes qui échapperont tôt au tard de leur mémoire, ne pas forcer le rythme mais savoir qu’il est possible de passer d’une partition à l’autre, d’ouvrir la voie sans perdre la voix singulière qui vient de l’autre rive, du passé violent quitté. Avec sa façon bien à elle de traverser l’Histoire, sans appuyer sur le tragique mais en mettant en lumière comment les hommes s’inventent hommes, Zeina Abirached nous emmène plus loin qu’elle ne le croit.  Cela fait trois ans que nous n’avons pas pique niquer au fond des bois, j’avoue que je l’inviterai bien, histoire de savoir ce qu’elle concocte pour le prochain volume.

Marcelline Roux

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27 juillet 2016

Furet Clara Regy

Furet

Clara Regy

Editions Henry

 

 

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En cinquante poèmes, Clara Regy arpente le territoire d’une enfance passée à la campagne. Deux ou trois détails posent le décor et ses personnages : nattes, socquettes, sandales, sarrau, vipères, brouette. Mais l’histoire, loin du « qu’ils étaient doux les jours de mon enfance » de Nerval, n’est pas un idyllique album de souvenirs.

 

Chaque page saisit un bref moment de vie, qui semble figé sous le regard et mis à distance. Stupeur. Le temps n’y passe pas. Le lecteur a le sentiment de feuilleter d’anciennes photos, à la fois familières – chacun y retrouvera des éléments connus – et étrangères. Cette étrangeté surtout, est marquante. Les scènes présentées, dont certains éléments reviennent régulièrement, sont souvent cruelles. La mort est omniprésente dans ce recueil, celle des animaux qu’on retrouvera plus tard dans son assiette, celle des hommes aussi. Des frayeurs (le bruit des rats, une vache qui met bas, le sang), des zones d’ombre. Une vieille femme qui perd la tête. Et ces vingt hectares, qui sont l’espace de la fillette de huit ans. A son échelle, le domaine est immense et inquiétant : « vingt hectare de mort », « vingt hectares de douleurs », vingt hectares de cruauté ». Ils sont aussi et surtout  « notre distance », et il se lit ici non une surface de jeu et de liberté, mais une séparation, un lieu infranchissable.  Entre les lignes, la solitude : ni frères ni sœurs ni camarades dans ces pages, mais une mère absente.

 

C’est donc un texte douloureux que nous livre Clara Regy. L’enfant fait l’expérience de la cruauté, qui n’est pas un apprentissage mais une douleur qui marque.  On devine que l’adulte n’en a pas terminé avec ses blessures. Dans sa préface, Sylvestre Clancier rappelle qu’à la campagne, le furet servait à chasser les rongeurs. C’est aussi un outil de plomberie qui permet de traquer les bouchons obturant les canalisations. Les sanglots coincés dans la gorge.

 

L’écriture est brève, concise, tranchante. Effet accentué par la disposition des poèmes en colonnes étroites, parfois un seul mot sur la ligne, qui évoquent échelles, tours. Ou puits dans lesquels le lecteur descendrait avec l’écrivain.

 

le couteau aiguisé

luit étrangement

et creuse

un collier liquide

le cochon

coule

dans un seau

je pleure

 

Le recueil Furet a obtenu le prix des Trouvères 2015.

 

Frédérique Germanaud juillet 2016

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25 juin 2016

Marcelline Roux lit Jacky Essirard

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La Sollitude du Quetzal

Jacky Essirard

Editions Yovana

 

 

La solitude du voyageur

 

 

Je partais pour un week-end à Dunkerque : rien d’exotique en soit. J’avais toutefois dans mon bagage un livre de Jacky Essirard dont le titre évocateur La solitude du Quetzal promettait quelques envolées lointaines. J’avais aimé glisser ce petit livre, au fond vert, dans mon grand sac de la même couleur. Prendre le TGV nord et embarquer en lecture pour le Guatemala était une réjouissante gageure. Je me préparai à l’évasion, à la découverte, aux saveurs, aux couleurs. J’avais tous les clichés chamaniques et indiens en tête et le roulis du train aiderait au décollage loin du plat pays. Un doute m’a toutefois saisie dès les premières pages, quelque chose clochait et les carillons familiers m’alertaient. L’auteur ne négligeait pourtant aucune description pittoresque.  Il mettait même une certaine courtoisie à traverser les lieux attendus. En bon touriste moderne, il effectuait consciencieusement toutes les étapes. Il exerçait sa plume à rendre le plus objectivement possible les paysages. Généreux, il m’en mettait plein les yeux.  Je pouvais m’imaginer, à ses côtés, chez les mayas. Tout défilait, mais lui comme moi, restions des spectateurs coupés, privés.

Ce n’est qu’au bout de quelques pages que j’ai pris conscience que les beffrois du Nord n’ont pas toujours tort d’assourdir les visiteurs. La perte d’un amour provoque la fuite mais ne permet pas le voyage. Il faut s’extraire de la douleur et se mettre en route mais ce n’est pas pour autant que le mouvement active les sens. J’ai pensé au film d’Anne-Marie Miéville, Nous sommes tous encore ici, lorsque Jean-Luc Godard regarde par la fenêtre d’un hôtel et attend que son âme rejoigne son corps, qui a voyagé trop vite. Le narrateur de La solitude du Quetzal est dans un état similaire : il attend désespérément que la douleur de la séparation amoureuse rejoigne son corps débarqué au Guatemala. Il aura beau parcourir tous les espaces de ce pays légendaire, incruster toutes les images dans son carnet, l’osmose ne se produit pas, car l’aimée résiste et creuse une faille dans le paysage, lui dérobant son âme.

L’écriture ne peut se déployer que dans une certaine froideur. Elle se fait constat mais ne vibre pas. Le voyage est impossible tout autant que le renoncement à partir. Il faut partir malgré tout, revenir malgré tout, être assigné à la place du spectateur impuissant. N’attendons toutefois aucune analyse psychologisante à deux sous  dans ce récit, placé dans l’abîme d’un Michaux. L’absente va grignoter le décor et gagner toute la place au fil des pages et la sobriété de la narration creuser un trou de plus en plus grand. Voyager est indispensable mais n’efface pas la nécessité du trajet en terre intérieure. Partir, revenir, offre de pouvoir, un jour, se tenir immobile en face d’elles, femme et douleur. Le jaguar qu’aime tant le narrateur est le super prédateur qui mord directement le crâne de sa proie et porte ainsi un coup fatal au cerveau. L’évocation de ce félin n’est pas le fruit du hasard. Pour survivre à une séparation amoureuse, il faut pouvoir s’arracher la tête, éviter la rumination des souvenirs. Ce félin est toutefois une espèce menacée et en voie d’extinction. Il y a donc peu de chance qu’il revienne prêter ses crocs aux abandonnés.

Ce livre est un petit tour de force et d’écrou :  il remplit son contrat de récit de voyage pour mieux nous faire comprendre que nous sommes tous encore ici, à traverser nos pertes. Le Quetzal, le plus bel oiseau du monde, symbole de la liberté, ne s’attrapera pas facilement. 

 

Marcelline Roux

 

 

 

 

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14 juin 2016

L’ordre du Jour Benoît Casas

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Découvrir un nouvel auteur est un acte lumineux même s’il n’est pas si aisé de faire une rencontre. Avec les livres, comme dans la vie, le premier contact peut angoisser et la première impression n’est pas toujours la bonne malgré ce qu’en disent les proverbes. Emprunté et maladroit face à un inconnu, on entre de même dans les pages d’un auteur pas encore lu. On n’ose pas s’installer confortablement. On doute, avance par curiosité plus que par conviction. Parfois même, les préjugés, la peur entravent notre réception des mots. Ainsi, ai-je commencé L’ordre du Jour de Benoît Casas, timidement, sur la pointe des pieds. Il était dit sur la quatrième de couverture que cet auteur avait tenu son journal une année durant, ce qui en soi, n’a rien d’exceptionnel, mais qu’il avait construit cette écriture personnelle à partir de phrases relevées dans un corpus portant la même date que le jour à écrire. Journaux, lettres, poèmes d’auteurs multiples de sa bibliothèque avaient servi de matière première en quelque sorte. Il n’en était pas à sa première expérimentation. Quatre volumes de poèmes étaient nés de cette contrainte. Pour Benoît Casas, les livres sont ses outils. Il prélève puis assemble une sorte de marqueterie. Il détache des éclats de langage pour recomposer à sa façon. C’est comme si les mots dispersés dans les livres de sa bibliothèque attendaient d’être attrapés et rechargés comme des piles, pour repartir vers des significations nouvelles. L’auteur dit aimer la rapidité, dire ce qu’il a à dire dans une sorte d’urgence, de vitesse, pour paradoxalement réussir à interrompre le flux. Il presse le temps en glanant dans les livres des autres ces phrases déjà faites. Serait-il comme le coucou qui dépose ses oeufs dans le nid des autres ? Il serait plutôt un coucou monté à l’envers, qui prend les oeufs des autres pour les mettre dans un nid confectionné par ses soins. A lire ce journal d’un genre nouveau, j’ai cru que la méthode allait m’éloigner de la substance de l’être, le systématisme me couper du sens. Je ne parvenais pas à installer une lecture méditative de ces jours inscrits. Avide de voir défiler les paroles, je me sentais prise dans une spirale : la vitesse souhaitée par l’auteur emportait ma lecture. Des courants profonds émergeaient régulièrement dans ce rythme soutenu : le désir, l’amour, la lecture, l’Italie, la nécessité du travail d’écriture, du savoir, des choses à voir, à connaître, une certaine éthique d’une vie avec et pour les livres, des éveils poétiques comme des élans philosophiques ou antiphilosophiques, des nuits sombres, des appels du vent, de la mémoire, du retrait, de la nécessaire solitude....La vie traverse ce journal malgré ou grâce à cette forme qui tend à rompre avec l’épanchement du moi. L’intime surgit autrement et plus sûrement par cette contrainte. C’est d’ailleurs, le goût de la traque qui a rendu ma lecture additive comme si je sentais à filer dans les pages de ce journal que les mots rechargés par l’auteur donnaient une intensité, une vibration à l’infime de son quotidien. J’ai traqué l’individu Casas comme j’ai été traquée par cet ordre donné au jour : ordre de trouver dans les jours écrits par d’autres, les mots de son jour à lui. Quelle merveilleuse invitation au partage ! Rien ne vaut cette formule pour dire que l’on n’écrit pas sans avoir lu mais plus encore que les mots lus peuvent un jour devenir nôtres, pas seulement mal fagotés dans des citations que l’on jette en guise de pardessus pour donner un peu d’allure à notre pensée mais pour devenir la langue de notre esprit. Benoît Casas est par excellence l’écrivain des bibliothèques. Son poème le dit et j’ose le citer comme un éclair à ma réflexion :

« Une orgie

de lecture

il faut avoir tout lu

et puis

de tous ces mots

écrire

 

un livre

qui n’existe pas. »

Chez lui, pas de culte de l’imagination, du personnage, du génie spontané, il oeuvre à partir de phrases choisies et assume cette posture de la seconde main. Je comprends qu’il ait nommé sa maison d’édition Nous. Il a dissout le « je » dans le nous et atteint sans doute une humilité efficiente, percutante. D’ailleurs, à jeter un rapide (comme il aime) coup d’oeil sur les 100 titres de son catalogue, je peux juger sur pièces. Ce catalogue forme à lui tout seul une exigeante bibliothèque : Jacques Roubaud, Alain Badiou, Jacques Jouet, Gertrude Stein...Excusez du peu ! J’invite chacun à piller des mots et des phrases dans ces livres-là, et les batteries seront rechargées à n’en point douter.

 

Marcelline Roux

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